Présentation

Attendre

Rapatriés, immigrés, exilés, nous sommes dans l’éternelle mouvance.
La source de notre puissance a la force de l’eau, sa beauté à s’adapter, résister, se faire glace et redevenir liquide.
Fleuves et oueds finissent le voyage dans les mers.
Ce goût salé n’est-il pas celui de toutes nos larmes versées ?
 
A la croisée de nos chemins, nos sourires se sont rencontrés, de nos lèvres les mots ont jailli. Nous nous sommes compris ici, en évoquant nos ailleurs.
Là-bas, tout près du cœur.

Attendre toujours

Attendre, peut-être trouver le néant au bout du chemin

Attendre, aller seule jusqu’au bout de rien

Attendre, ignorer son destin

Attendre, pour ne pas être tentée de faire demi-tour avant la fin…

Mes sites favoris

Recherche

Samedi 3 novembre 2007

Elle attend 7h30 que la sonnerie du réveil la somme de quitter ses draps chauds de la nuit, un peu froissés où son corps a marqué son empreinte.

 

Elle attend encore cinq petites minutes pour prendre sa douche, réveiller ses membres alourdis de sommeil, terminer par un rapide passage à l’eau froide sur les jambes lisses toujours parfaitement épilées.

 

Elle attend que la tartine incarcérée dans le grille-pain sursaute rayée et brunie vite enduite de beurre comme ses épaules lorsqu’elle s’expose trop au soleil et applique une crème apaisante. Une pointe de confiture sur le beurre déjà fondu.

 

Elle attend que la bouilloire s’éteigne pour verser l’eau chaude sur son thé vert de Chine, elle attend encore quelques minutes pour l’infusion.

 

Elle attend que le chat quitte la terrasse et rentre dans l’appartement, comblé de cette escapade matinale. L’aventure, pour lui qui ne connaît que les coussins satinés du canapé et le duvet de la chambre rose.

 

Elle attend l’ascenseur que tous les locataires appellent au même moment à tous les étages.

 

Elle attend au coin de la rue, droite et stoïque devant les bandes blanches du passage piéton, qu’une voiture s’arrête et la laisse traverser.

 

Elle attend à l’arrêt du 144, serrant dans la main gauche son petit Longchamp kaki, la droite elle la veut libre pour sortir sa carte de transport et la présenter au conducteur en montant dans le bus.

 

Elle attend debout sur le quai du RER. " Attention ce train ne marquera pas l’arrêt à la gare de Nanterre Préfecture ".

Il faudra qu’elle attende le prochain.

 

Elle attend que l’agent de sécurité lui ouvre la porte. C’est un nouveau, ils ne se connaissent pas.

 

Elle attend que sa collègue ait arrangé son manteau sur le cintre puis elle dépose sa petite veste de toile beige en mettant bien l’emmanchure sur la boule du porte-manteau pour ne pas faire de marque disgracieuse et détendre le tissu.

 

Elle attend 10h00 pour boire son café.

Elle attend devant le distributeur où une poignée de salariés commentent l’émission reality show de la veille au soir.

Elle attend que le liquide noir et un peu amer – ils n’ont pas choisi la meilleure qualité dans cette société – emplisse le gobelet de plastique à la moitié, elle l’a demandé " court non sucré ".

 

Elle attend que sa responsable la convoque pour lui dire qu’elle en a assez d’attendre le rapport d’étude confié il y a une semaine.

 

Elle attend que la stagiaire se lève pour aller aux toilettes se remaquiller – c’est drôle, les filles de cet âge se remaquille plusieurs fois par jour, surtout quand il y a réunion de commerciaux au siège – elle en profitera pour téléphoner.

 

Elle attend la pause déjeuner.

Elle attend dans la file, avance son plateau, se sert une entrée de betteraves rouges, celles coupées en petits dés sorties de la grande boîte en fer blanc.

 

Elle attend 16h00 parce qu’il ne lui restera plus qu’une heure avant de quitter son poste.

 

Elle attend sa paie c’est la fin du mois, elle sait qu’elle a été virée sur son compte bancaire mais elle attend le bulletin de salaire elle aime voir le montant dans la case net à payer, ça la rassure même si c’est le même depuis des années.

 

Elle attend une promotion qu’on lui promet. La chef de service lui avait dit après son entretien d’évaluation. Elle attend toujours.

 

Elle attend à la caisse d’Auchan. Il y a trois femmes devant elle avec des caddies pleins. Elle n’a que cinq produits, le minimum pour finir la semaine. Elle aurait pu aller à la caisse moins de dix articles. Elle était un peu plus loin.

 

Elle attend le bus qui va la déposer à une centaine de mètres de son immeuble. Les gens sont regroupés, ils ont tous des sacs de courses imprimés avec l’oiseau vert et rouge.

 

Elle attend qu’il klaxonne. Il ne monte jamais c’est elle qui descend à la rencontre de sa fille qu’elle garde un week end sur deux.

 

Elle attend que le téléphone sonne mais ici à la maison plus personne ne l’appelle depuis qu’elle est seule, juste sa mère pour se plaindre ou une copine pour critiquer.

On n’appelle pas les personnes seules. Si au début, pour savoir par curiosité, pour questionner, pleurnicher, dire que c’est un moment difficile mais que ça ira mieux après. Un jour. Plus tard.

Les appels en continu deviennent des appels en pointillés, des pointillés brefs.

Un jour le silence. Rien. Elle s’assure que la prise est bien branchée, qu’il y a une tonalité quand on décroche. Tout fonctionne. Non, c’est seulement elle qui est devenue inintéressante parce qu’elle est triste et pleure quelquefois. Ca fait désordre dans la vie des autres cette détresse qui n’en finit pas alors on préfère l’oublier…

 

Elle attend cette lettre qui n’arrive pas. Le facteur ne laisse que des factures. Le reste c’est de la publicité.

 

Elle attend le journal télévisé. Un moment qui la relie avec le monde, un monde de brutes, de violences et de mort. Elle grignote au-dessus de son plateau posé sur la table basse devant la télé. Des images coupe-faim.

 

Elle attend les vacances d’été, la mer turquoise le sable brillant. Juste en rêve, elle sait qu’elle n’ira pas.

 

Elle attend par habitude. Elle attend par obligation.

Attendre pour elle c’est vivre.

 

Et puis un soir elle n’attend plus. Plus rien à attendre de la vie, elle a beaucoup donné, on lui a pris plus encore.

Sa mère lui a donné la vie, ce soir elle la rend. Un peu amochée la vie, un peu usée, patinée, sans éclat même pas de voix.

 

Une vie d’attente.

Ce soir c’est elle qu’on attend là-bas au fond du long tunnel noir.

 

 

 

 

Par Lelie des Sables - Publié dans : Fleur des Sables
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 20 octobre 2007

Poèsie pour l'Exposition Art et Paix à Nanterre

avec l'Association Nanterre PoéVie

 

Dites-moi qu’elle aura le courage

De franchir les frontières

De traverser les déserts

Dites-moi qu’ils ne tireront pas

Sur les colombes qui la devancent

Les ailes lourdes d’espérance

Dites-moi que je ne suis pas en train

De rêver, de m’émerveiller,

D’être abusée, aveuglée

Dites moi qu’il faut croire en elle

Petit drapeau blanc immaculé

Qui flotte au-dessus des tranchées

Dites-moi que nous connaîtrons ce bonheur

De la sentir pousser dans nos cœurs

De la voir fleurir sur les chemins

Dites-moi que vous ferez l’impossible

Pour en prendre soin, la chérir

La tenir dans vos mains ouvertes

Dites-moi qu’elles cesseront bientôt

Ces galères, ces misères, ces sales guerres

Victimes d’un monde à l’envers

Dis-moi, toi petit enfant,

Tu crois que les hommes un jour

Trouveront dans leur âme la paix ?

Par Lelie des Sables - Publié dans : Fleur des Sables
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 1 juin 2007

Des soirs et une aube

Il y eut des soirs

Luisants de pluie

Des soirs de misère

Sans l’ombre d’une lueur

Il y eut des nuits

Sombres sans lune

Blanches sans sommeil

Des nuits sans rêve

Aux draps mouillés de larmes

Enfin il y eut une aube

Baignée de lumière

Un soleil naissant

Par-delà le ciel mauve

Et ton sourire illuminant mon éveil

Valérie-Anne W.

Par Lelie des Sables - Publié dans : Fleur des Sables
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 2 mai 2007

  • Le départ est prévu pour le lendemain matin, 15 h de vol, une escale. Le Mexique. Revoir son fils. Je souhaite " bon voyage " à ma dernière cliente. A chacune ses ailleurs.

    Je quitte mes chaussures et retrouve le plaisir de marcher pieds nus, de ressentir les lattes du parquet frémir sous mes pas.

    La porte de l’armoire est entrouverte, je ne sais pas quel vêtement choisir. Une tenue confortable certes mais avec sa note de raffinement.

    On se sent chez soi ici, même si quelques piles de livres et de revues laissent à penser qu’on est encore en transit, toujours dans l’attente d’un changement, prête à épouser le mouvement des événements à venir.

    Les valises sont superposées dans un placard près de l’entrée, de la sortie. Prêtes à.

    J’ai peur d’oublier quelque chose, le truc essentiel qui aura des répercussions fâcheuses de par son manque..

    S’asseoir sur le fauteuil de rotin, s’enfoncer dans l’épais coussin, se poser avant de repartir. Trêve.

    Se relever le temps de préparer un thé, présenter quelques gâteaux collants de miels sur une assiette. Je retrouve avec bonheur ce goût sucré et doux des pâtisseries, un visage coloré et souriant se superpose à ce tableau, je sens mon corps s’étaler d’aise sur les tissus moirés, caressé par un vent chaud et léger.

    Je ferme les yeux pour aller plus loin, à l’écoute de ces voix mêlées un peu élevées qui haranguent, monotones qui psalmodient, je perçois la couleur des mots, ils se suivent, se heurtent, s’abandonnent, créent des instants de silence, de ce silence venant tarauder les oreilles.

    Mes pieds cherchent le tapis, glissent sur les fibres, s’enfoncent dans la laine vierge.

     

    Il est bientôt l’heure. Quelle heure ? L’heure pour qui ? Pour quoi ?

    Ma vie n’est qu’un décalage horaire, un Nord perdu, une dérive de pensées.

    Départ imminent. Je suis prête, il va arriver.

     

    Demain la dame sera dans l’avion. Moi, je n’aime pas le vide du ciel, on dirait la mer à l’envers.

     

    J’entends la clé dans la serrure il est là.

    Je me lève pour l’accueillir, emportant la théière, rangeant les livres et les photos éparpillées, refermant la boîte de mes rêves à triple tour. Vous seuls savez m'emmener loin.

    C’est ça voyager…

     

    Valérie-Anne W.

     

Par Lelie des Sables - Publié dans : Rose des Sables
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 13 avril 2007

La chaleur de cette fin d’après-midi l’enserrait. Dehors, sous le soleil, tout ce qui contenait du métal dardait des rayons éblouissants. Elle dû mettre ses lunettes.

 Elle avait envie de boire quelque chose de frais, oui, c’est ça avec beaucoup de glaçons et, pourquoi pas, une paille. A la recherche d’un café sympathique avec une terrasse ombragée, elle passa plusieurs fois sur la place.

 Une formation de jazz l’attirait tout particulièrement. Le saxophoniste était bon, très bon.

 Soudain, son regard resta accroché, elle le vit. Il n’était pas seul. Mais elle l’aurait remarqué entre mille. Il semblait l’attendre, elle, dont brusquement la gorge devint plus sèche, l’émotion lui faisait triturer nerveusement une bretelle. Décidément, la gauche avait toujours tendance à tomber sur son épaule ronde et dorée. Ni l’un ni l’autre ne faisaient un geste, ils se regardaient. Qu’est-ce qu’il lui arrivait ? C’était le coup de foudre et elle n’osait pas !

 Depuis le début des vacances, elle le cherchait, au fil de ses errances. Elle préférait les grandes villes, plus sûre de le trouver.

Et maintenant qu’il se trouvait devant elle, elle était incapable de faire le premier pas.

 Une brune arrivait, jean moulant, démarche souple et décidée, du genre qui va droit au but. En moins de dix enjambées, elle serait entre lui et elle, pour les séparer.

 " Allez, vas-y, fonce. Tu ne vas pas la laisser te le piquer sous le nez, depuis le temps que tu le cherches ! "

 Alors, elle se décida, prête à tout, grand coup de sac bayadère dans les jambes de la brune. Elle la bouscula, lui jetant un regard glacial au passage.

 Elle entra.

Sa main s’approcha et se posa. Il ne résista pas à la pression ferme. C’était lisse sous ses doigts. Cette fois, elle le tenait. Il était à elle.

 Retourné, il lui dévoila sa valeur. Elle passa à la caisse.

Un livre de Doubrovsky, ça n’a pas de prix.

 

Valérie-Anne W.

 

Par Lelie des Sables - Publié dans : Fleur des Sables
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 17 février 2007

Une nouvelle année.

Elle a débuté par un matin de pluie voilé d’un ciel jaune de gris comme une sale boue. J’ai pas aimé, cette couleur. Pas aimé du tout…

Assise derrière les vitres, vue sur l’ailleurs, trop loin, je constate à quel point je ne vais pas au bout des choses, prend la fuite au dernier moment.

Je commence l’année la peur au ventre, sans projet. Je vais vraiment mal, de partout, de tout.

JE N’AI PLUS ENVIE. On dit avoir en attendant de dire être.

J’aimerais qu’un jour ces cahiers et carnets sur lesquels ma main a couru à s’essouffler, me succèdent. C’est ça peut-être la trace à laisser en partant, pour qui saura décrypter et dénouer les fils emmêlés de mon existence. Si insignifiante soit-elle. Il y en a qui aiment ça, pénétrer dans l’intimité des journaux d’inconnus.

Je viens d’avoir 40 ans et j’ai tout gâché.

Si vous lisez ces lignes, là, maintenant, comprenez que la fiction est entre parenthèses, je vous en supplie aidez-moi avant le plongeon final, fatal.

Je pourrais vous parler de l’Enfer, je n’arrive pas à admettre que c’est fini pour toujours.

Je suis partie.

Ce lundi 18 septembre, Il a même aidé les déménageurs.

J’avais l’impression curieuse qu’un taxi m’attendait en bas pour m’emmener vers une destination nouvelle à temps compté. Ce n’est pas des cartons que je voyais s’accumuler devant mes yeux mais des valises et des bagages.

Je me demandais ce qu’il se passait, ce que j’étais en train de faire.

Le taxi me déposerait, je monterais dans le train, indécise, étonnée.

Je me disais seulement à cet instant où je m’en allais " on ne peut pas sauter d’un train en marche mais tu verras il y aura une gare, et un quai en face pour faire demi-tour "….

Dans ce chaos, à travers les vitres brouillées où des larmes de pluie venaient mourir, je guettais la gare.

J’avais quitté le VSOE pour un tortillard de brousse et la nausée s’était installée au fur et à mesure que le train filait.

Et puis il y eu la gare, mon cœur battait fort, le rail gémissait. Je n’avais aucun billet de retour encore moins de permis de séjour. Je prenais ma fierté et la rangeait au fond de mon sac plaqué contre mon dos.

Ces 3 mois passés où je n’ai eu d’autres pensées que de revenir, je n’étais que l’invitée ou plutôt l’imposée. J’entrais, souriais, m’installais, différemment certes. Chez nous était devenu chez lui, je n’étais plus tout à fait chez moi.

Un soir n’en pouvant plus, j’ai envoyé un signal de détresse sans lendemain. J’ai déduit qu’il était arrivé par le vide suscité. J’ai eu encore plus mal.

Je venais de traverser pour rejoindre le quai d’en face. Hélas, je n’avais pas l’autorisation de revenir. Pas le droit de n’avoir pas fait le bon choix.

Voilà, j’ai eu 40 ans, je ne ferai plus jamais rien maintenant. C’est fini pour moi.

Cette date-barrière m’angoissait. Un cap infranchissable…

J’étais obligée d’en passer par là alors j’ai voulu donner un autre sens à la fatalité. Que cette année 2006 soit mémorable, qu’elle me prouve ma capacité à créer quelque chose - j’entends en écho le fameux qu’est-ce que tu as fait de ta vie, sur un coin de table de bistrot derrière les volutes de fumée d’un café brûlant - juste avant les 40, après ce serait trop tard, on est devenue vieille.

A l’aube de la date fatidique, j’ai voulu tout bouger, changer, secouer et j’ai abîmé, cassé, tué.

Agenouillée dans un coin parmi les débris, je pleure sur le gâchis.

J’ai eu 40 ans, je n’ai rien senti dans mon corps - je rêvais d’apprendre la valse pour fêter cet anniversaire au Bal de l’Empereur à Vienne…

… je me suis couchée très tôt dans des draps glacés, recroquevillée les genoux sous le menton, j’ai laissé s’échapper mon malheur, l’oreiller s’est fait éponge.

Pas une sonnerie de téléphone n’a retentit.

" si tu as des problèmes d’argent, je peux encore t’en donner… ", non, non vraiment ce n’est pas cela.

J’aurais juste besoin de ta compréhension pour que tu saches quel ouragan j’ai traversé cette année.

J’aimerais faire confiance à l’amie qui me dit " moi, je crois en Dieu, donc je prie. 20 ans cela vaut la peine de se battre ".

De se battre… Je vois des guirlandes de cœurs roses sortir de la Kalach, s’envoler vers un ciel si bleu qu’on dirait la mer à l’envers.

Alors pour ne pas tout à fait mourir, je prends le métro. Il m’emporte. Des inconnus montent et descendent, créent un tourbillon de vie autour de moi, les affiches colorées lancent des invitations, les couloirs mènent à d’autres quais, des sorties , des correspondances… je vais encore écrire un peu au gré des lignes. J’aime bien la 2 - elle n’est pas seule au moins - " Nation par Barbès ", elle cotoye le Montmartre des artistes et de la bohème et surtout elle passe par Belleville… belle ville. C’est vrai, c’est beau Paris.

Valérie-Anne W.

Par Lelie des Sables - Publié dans : Fleur des Sables
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 3 février 2007

J’aimerais oublier l’homme de ma vie

Que j’ai voulu à corps et à cri

 

J’aimerais oublier cet ami

Trop tôt parti

 

J’aimerais oublier ceux et celles

Qui par mes mots ont eu le cœur meurtri

 

J’aimerais oublier les uns qui m’ont crue

Les autres qui m’ont fait confiance

 

J’aimerais oublier cette petite fille

Si grosse, si triste et si mal dans sa peau

 

J’aimerais oublier ces souvenirs heureux

Que je n’ai su retenir

 

J’aimerais oublier avoir pleuré

Avoir été

 

J’aimerais oublier un beau matin,

Pâle dans l’aube frileuse,

Tout simplement de me réveiller

 

 Valérie-Anne W.

Par Lelie des Sables - Publié dans : Fleur des Sables
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 31 décembre 2006

Un gros téléviseur noir carré trapu obèse. Mitsubishi c’est marqué en lettres métallisées.

Laissé sur le trottoir comme une énorme caisse trop gavée d’images, de visions chocs, de tailleurs chics, de menteurs vrais, de fausses réalités, de " Unes " à faire pleurer les pierres.

 Un monde de cauchemar, d’obscénité, de violence, de haine où viennent se perdre les vues du ciel de YAB, souffle frais sur l’enfer du quotidien balayé par les reporters de tous pays.

 Un gros téléviseur noir abandonné sur un trottoir… remplacé par un écran plat. Pouces, plasma, LCD, numérique, électronique, résolution… complexité de la technologie pour capturer le monde et le mettre en boîte.

 Je les imagine là-haut, calés sur le canapé d’angle aussi large que long, tissu un peu élimé sur l’arrondi des coussins et les accoudoirs où viennent souvent se croiser des pieds. Un plateau posé sur la petite table basse, des cercles sucrés de culs de bouteilles, un cendrier avec des mégots au filtre rouge baiser. Des miettes prises sous une assiette vide. Une débâcle.

 Je lève la tête vers les petites fenêtres sombres du 2ème étage en me disant que cela doit être là que la famille s’est offerte une nouvelle télé pour Noël. Même qu’ils ont dû garder le carton avec le polystyrène dans l’appartement au cas où il y aurait un dysfonctionnement et qu’il faudrait le rapporter au supermarché ces prochains jours…

 Aujourd’hui c’est le dernier jour, une année qui fout l’camp, tout fout l’camp d’ailleurs, et moi aussi. Ca me fait penser à une fuite, une brèche qui laisse tout filer sans retenue. Poussée et ballottée par le flux, sans rien pour s’accrocher, pas partir trop vite.

Des doigts au bout de quelques mains tendues, pas osé les saisir. Trop de remous. Pas envie d’entraîner les autres. Limiter le nombre de victimes.

 Plus que quelques heures et ce sera demain. Deux mains s’agitent au-dessus de l’écume. J’ai du mal à distinguer, comprends pas très bien le message. Un pas en arrière et je vois mon reflet dans une vitre, une main s’engouffre dans ma poche, l’autre continue à dire au revoir, incertaine…

 Dans la vitrine, les lumières clignotent, les paillettes scintillent, j’aimerais souffler très fort pour que ces faux-semblants disparaissent.

Ne resteraient que les petits dômes rouges au bord du canal qui charrie des eaux grises un peu salées comme les larmes.

 

 Valérie-Anne W.

 

 

Par Lelie des Sables - Publié dans : Fleur des Sables
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 15 décembre 2006

Je voudrais t’écrire

Je voudrais te dire…

Te crier

Le crier pour que tout le monde l’entende

Puis te le chuchoter tout bas dans le creux de l’oreille

Je voudrais, mais c’est toi qui décides

Toi qui me fais peur

Je voudrais te demander pardon

D’avoir dit, d’avoir fait

D’avoir oublié de dire

De n’avoir pas fait

 

Il n’y a que Dieu qui pardonne

Et tu n’es qu’un homme

Un homme qui m’en veut

Un homme qui se venge

Un homme qui m’abandonne

 

J’aurais dû te le dire

Mais j’avais peur de te voir t’enfuir

Je n’ose pas te demander

J’ai peur que tu me dises non

 

J’ai tant pleuré, mes lèvres

Sont devenues sèches

A ne plus laisser passer les mots

 

Je ne t’ai pas vu depuis tant de jours

Mais j’entends ta voix apaisée le soir

Un jour je t’ai dis tu as un très beau sourire

Je le pense toujours mais je ne le vois plus

… je suis vide de toi

Je voudrais te dire quelque chose

Un mot, un seul

Je voudrais te dire aussi…

Je ne peux pas, j’ai trop peur

Peur de moi aussi

Peur de ne pas savoir

De ne pas être à la hauteur

A Ta hauteur

Alors si j’ai tout gâché

S’il n’y a plus rien à faire

stp je te demande une dernière chose

tue-moi avec tes mains

Enserre mon cou et serre, serre

Jusqu’à ce que je tombe sans vie

Entre tes bras

Serre mon cou une dernière fois

Pour sentir le plaisir de tes mains

Sur mon corps

Stp ne me laisse pas vivre sans toi

Serre, vas-y, serre plus fort

Que je m’abandonne lourde et molle

Contre toi, la toute dernière fois

Que je glisse le long de toi

Epousant ton corps

Que je m’affale à tes pieds

Soumise dans la mort

Dominée par le seul homme

Que j’ai aimé

 

Vraiment, j’ai trop mal de toi

 

Valérie-Anne W.

 

 

Par Lelie des Sables - Publié dans : Rose des Sables
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 15 décembre 2006

Incipit, ils ont dit. D’accord ce sera le début d’une nouvelle aventure littéraire à partager. Choisir (comme je déteste ce mot… choix, décision. Décider c’est devenir responsable. Etre responsable c’est perdre sa liberté).

Un début de phrase en feuilletant un livre au hasard ? Se laisser porter par ses désirs ? Ecouter son intuition ? Saisir les signes du destin ?…

Et puis j’ai le flash, je le trouve cet incipit. Je ne sais pas si j’irai jusqu’au bout, si je vais inventer ou décrire, ou détruire ? le voilà, je vous le livre, il est fragile, prenez-en soin.

 

 

" Un œil très noir, un gouffre obscur, le point d’une interrogation. Je cherchais à percer le mystère de cette nouvelle vie. "

 

A peine quelques centimètres, cet œil noir qui me fixe intensément. Notre première rencontre, un peu de toi, un peu de moi pour créer ce miracle de la vie. Qui est-il ? - est-elle ? sera-t-il ? - sera-t-elle ? Dans ma tête, tandis que la sonde se promène sur le bas de mon ventre entraînant et lissant un gel froid sur ma peau, un rapide calcul… plus que 8 mois… 8 mois pour savoir. Il ou elle ?

Quoi d’extraordinaire ? J’ai ce que je voulais et pourtant comment, moi, ai-je pu concevoir cela.

 

Se concentrer sur l’écran. Faire face à la réalité. Regarder, voir, réfléchir, décider.

Ne pas regretter, ne pas pleurer.

Ecouter et ressentir ? ou demeurer sourde et s’éloigner ?…

 

Doucement à mon insu, je m’installe dans un état de bien être, je me déplie, me déploie. Mes seins se tendent et gonflent le pull moulant.

Quelquefois, ta main caressante ralentit et se pose. Instant magique, une douce chaleur m’envahit. Le temps est suspendu.

 

Embarquement pour une croisière. Le capitaine à bord prône la raison, pas de place au cœur ni aux émotions.

Le matin la houle est forte faisant jouer mon corps entre ciel et mer.

Premier rendez-vous, le délai de réflexion, l’écoute des unes et des autres, et moi seule face à ma décision.

Seule et perdue. Eperdue.

 

Toi qui n’as pas le droit à la parole, toi à qui j’impose mon choix, toi que je tue un petit peu en moi.

Ne pas penser. Ne pas s’arrêter.

 

Deuxième rendez-vous, le grand verre d’eau allongé de quelques larmes, le petit comprimé sec et râpeux.

" Vous avez bien réfléchi ? " Oui. Non. Je n’ai pas le choix. Aucune des solutions ne m’apportera satisfaction, avec ou sans.

Oui. Non. Je n’ai pas le choix. Aucune des solutions ne m’apportera satisfaction, avec ou sans.

- Pardon A. je t’aime - mais pas maintenant.

Avaler. Ne plus reculer. Tout stopper.

 

Ce soir, je ne ressens plus rien, plus de présence, que le froid de la mort dans un corps figé.

 

Deux autres comprimés, tout va très vite, devient violence et souffrance. Un corps meurtri, étreint, contraint, tordu de douleurs. Un bulldozer qui retourne mon ventre.

Ta main compatissante - à peine une pression un mot non-dit - se pose sur mon genou replié luttant contre les assauts. Merci d’être encore là. Oui à toute à l’heure. Peut-être.

 

" Prend soin d’elle ". La porte se referme sans bruit.

La porte se referme sans bruit.

Oui elle est là, avec moi. L’amie.

 

C’est fini. Reste un corps échoué, survivant - mort-vivant - d’un raz de marée dont je ressens encore des lames de fond ouvrir mes entrailles.

 

Tu es revenu, je me serre plus fort que possible.

Tout contre toi à ne plus faire qu’un.

En tuant, j’ai fait naître l’amour.

 

Ne pas pleurer. Ne pas regretter.

 

 

Deux yeux très noirs, gouffres obscurs se fondent dans mes iris bleus.

Blottie dans tes bras, j’ai moins mal.

 

 

 Valérie-Anne W.

Par Lelie des Sables - Publié dans : Rose des Sables
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus