Elle s’étire, s’enroule, renverse la tête en arrière. Elle se fait câline, se frotte, se serre, exige une caresse, la chaleur d’une main qui épouse la forme de son corps, la prend et l’enserre. Elle ronronne, les yeux langoureux, miroirs de la passion où va se perdre la maîtrise des sens. Deux gouffres mystérieux où le plaisir s’égard. La chatte se fait femme… ou la femme devient chatte….
Elle sursaute, se cabre et se sauve. Amoureuse fugitive. Furtive allumeuse.
Par ses manières sensuelles et son regard, elle attire comme un aimant. Tu espères une main de velours, c’est un coup de griffe que tu reçois tandis qu’elle s’enfuit. Tu es fait comme un rat avec cette belle chatte.
Elle a disparu, tu ne la vois pas mais elle te regarde, tout en se pomponnant, la coquette.
Elle toilette ses ongles, fait semblant d’ôter ses gants en tirant délicatement sur chaque doigt.
Séductrice, elle pose dans un rayon de soleil histoire de mettre en valeur le brillant de sa fourrure et l’or de ses prunelles. Sa beauté irradie.
Quelque chose te tourmente, tu as l’impression que quelqu’un t’épie, tu ressens une présence. Lève la tête, un peu à gauche, plus haut encore. Tu la vois ?
Elle est assise sur le muret de pierre, tout en haut de l’escalier. Tu sais, Montmartre, c’est son quartier, elle est un peu bohème à ses heures. Quand elle se met à jouer les artistes, elle dort le jour pour mieux vivre la nuit.
Roucoulant sous le ciel étoilé, les vieux matous se la disputent. Avec ses airs de bourgeoise offensée, elle les laisse s’écharper, en les toisant de haut. De sa démarche souple et gracile, elle s’élance dans une volée de marches, gagne une gouttière, saute sur le faîte du toit, gris ardoise.
Paris à ses pattes.
Assise, la queue l’entourant joliment, les yeux en amande, elle admire la ville illuminée. La lune dessine un rai argenté sur son manteau noir.
Beaucoup de charme pour une grisette qui gîte dans un grenier de la rue Cortot.
Valérie-Anne W.