Présentation

Attendre

Rapatriés, immigrés, exilés, nous sommes dans l’éternelle mouvance.
La source de notre puissance a la force de l’eau, sa beauté à s’adapter, résister, se faire glace et redevenir liquide.
Fleuves et oueds finissent le voyage dans les mers.
Ce goût salé n’est-il pas celui de toutes nos larmes versées ?
 
A la croisée de nos chemins, nos sourires se sont rencontrés, de nos lèvres les mots ont jailli. Nous nous sommes compris ici, en évoquant nos ailleurs.
Là-bas, tout près du cœur.

Attendre toujours

Attendre, peut-être trouver le néant au bout du chemin

Attendre, aller seule jusqu’au bout de rien

Attendre, ignorer son destin

Attendre, pour ne pas être tentée de faire demi-tour avant la fin…

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Jeudi 19 octobre 2006

Je ne savais pas qu’on pouvait tuer avec une plume.

 

Enfermée dans mon histoire, j’ai tiré de toutes mes forces et j’ai transpercé son corps.

J’ai décoché des mots empoisonnés qui lui ont blessé le cœur.

 

De la plume, l’encre a giclé, s’est répandue sur son présent, salissant son avenir.

Tache indélébile.

 

Tandis que l’être meurtri tentait de se relever, plus fort j’enfonçais la plume, ouvrant plus profond les chairs.

Je vomissais ma rancune, heurtait la femme.

 

Toutes les armes sont dangereuses mais je ne savais pas qu’on pouvait tuer avec une plume..

 

Valérie-Anne W.

 

Par Lelie des Sables - Publié dans : Fleur des Sables
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Jeudi 19 octobre 2006

Le hasard, la nécessité…

Dans le hasard, la notion d’aventure et d’imprévu

Dans la nécessité, celle de fatalité et de logique

 

Faut-il en conclure que cela va (devrait ? devait ?) arriver ?

 

Cela, quoi ?

 

C’est écrit - dans vos mains - ? Montrez-les-moi.

 

Le possible est le contraire de l’illusoire.

Je me perds à ce carrefour où nous nous sommes croisés.

Et puis, ce rendez-vous dans un texte, seuls, à mi-mots. Un lieu troublant pour un premier rendez-vous.

Je m’y perds dans ce nous/vous, ce vous/moi, ce te/vous.

 

Tout est contraire, qui nous sépare.

J’aime ce vous  qui fait semblant de nous éloigner pour mieux nous rapprocher dans un tu qui se hasarde, un tu qui tente, un tu qui tue la distance.

 

Eperdue, je me sens glisser doucement. M’abandonner sur les rives du hasard. Oui, c’est nécessaire.

 

Valérie-Anne W.

Par Lelie des Sables - Publié dans : Fleur des Sables
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Jeudi 19 octobre 2006
Elle s’étire, s’enroule, renverse la tête en arrière. Elle se fait câline, se frotte, se serre, exige une caresse, la chaleur d’une main qui épouse la forme de son corps, la prend et l’enserre. Elle ronronne, les yeux langoureux, miroirs de la passion où va se perdre la maîtrise des sens. Deux gouffres mystérieux où le plaisir s’égard. La chatte se fait femme… ou la femme devient chatte….
Elle sursaute, se cabre et se sauve. Amoureuse fugitive. Furtive allumeuse.
Par ses manières sensuelles et son regard, elle attire comme un aimant. Tu espères une main de velours, c’est un coup de griffe que tu reçois tandis qu’elle s’enfuit. Tu es fait comme un rat avec cette belle chatte.
Elle a disparu, tu ne la vois pas mais elle te regarde, tout en se pomponnant, la coquette.
Elle toilette ses ongles, fait semblant d’ôter ses gants en tirant délicatement sur chaque doigt.
Séductrice, elle pose dans un rayon de soleil histoire de mettre en valeur le brillant de sa fourrure et l’or de ses prunelles. Sa beauté irradie.
Quelque chose te tourmente, tu as l’impression que quelqu’un t’épie, tu ressens une présence. Lève la tête, un peu à gauche, plus haut encore. Tu la vois ?
Elle est assise sur le muret de pierre, tout en haut de l’escalier. Tu sais, Montmartre, c’est son quartier, elle est un peu bohème à ses heures. Quand elle se met à jouer les artistes, elle dort le jour pour mieux vivre la nuit.
Roucoulant sous le ciel étoilé, les vieux matous se la disputent. Avec ses airs de bourgeoise offensée, elle les laisse s’écharper, en les toisant de haut. De sa démarche souple et gracile, elle s’élance dans une volée de marches, gagne une gouttière, saute sur le faîte du toit, gris ardoise.
Paris à ses pattes.
Assise, la queue l’entourant joliment, les yeux en amande, elle admire la ville illuminée. La lune dessine un rai argenté sur son manteau noir.
Beaucoup de charme pour une grisette qui gîte dans un grenier de la rue Cortot.
 
Valérie-Anne W.
Par Lelie des Sables - Publié dans : Fleur des Sables
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Mercredi 18 octobre 2006

Tu prendras de la confiture ou du miel sur tes tartines ?

20 ans que ça dure cette comédie du petit-déjeuner. Autour des bols de faïence décor campagne, bleu pour lui, rouge pour elle, cuillères assorties, ils n’échangent plus que ces propos banals à l’écœurant goût sucré.

Sa cuillère à lui tourne d’un même geste circulaire, en frottant les parois du bol bleu dehors et blanc dedans, vite, fort, dans un mouvement répétitif inutile mettant ses nerfs à vifs, à elle.

Deux morceaux de baguette sont libérés brutalement avec un bruit de ressort métallique, marqués de rayures brun foncé. Une odeur désagréable de brûlé se noie dans les effluves du café noir trop corsé.

Leurs regards plongent dans le café qu’un soupçon de lait a peine à éclaircir. Quelques miettes de pain grillé sur la toile cirée, un peu collante sous les avant-bras, râpent la peau encore ensommeillée.

Elle ne sait pas lequel, du café noir ou du pyjama rayé au col élimé, lui donne cette nausée.

Le café, elle va le vider dans l’évier ouvrant le robinet en jet puissant pour faire disparaître la moindre trace de liquide brun.

Mais que peut-elle contre le pyjama rayé ?

Valérie-Anne W.

 

 

 

 

Par Lelie des Sables - Publié dans : Fleur des Sables
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