Présentation

Attendre

Rapatriés, immigrés, exilés, nous sommes dans l’éternelle mouvance.
La source de notre puissance a la force de l’eau, sa beauté à s’adapter, résister, se faire glace et redevenir liquide.
Fleuves et oueds finissent le voyage dans les mers.
Ce goût salé n’est-il pas celui de toutes nos larmes versées ?
 
A la croisée de nos chemins, nos sourires se sont rencontrés, de nos lèvres les mots ont jailli. Nous nous sommes compris ici, en évoquant nos ailleurs.
Là-bas, tout près du cœur.

Attendre toujours

Attendre, peut-être trouver le néant au bout du chemin

Attendre, aller seule jusqu’au bout de rien

Attendre, ignorer son destin

Attendre, pour ne pas être tentée de faire demi-tour avant la fin…

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Dimanche 31 décembre 2006

Un gros téléviseur noir carré trapu obèse. Mitsubishi c’est marqué en lettres métallisées.

Laissé sur le trottoir comme une énorme caisse trop gavée d’images, de visions chocs, de tailleurs chics, de menteurs vrais, de fausses réalités, de " Unes " à faire pleurer les pierres.

 Un monde de cauchemar, d’obscénité, de violence, de haine où viennent se perdre les vues du ciel de YAB, souffle frais sur l’enfer du quotidien balayé par les reporters de tous pays.

 Un gros téléviseur noir abandonné sur un trottoir… remplacé par un écran plat. Pouces, plasma, LCD, numérique, électronique, résolution… complexité de la technologie pour capturer le monde et le mettre en boîte.

 Je les imagine là-haut, calés sur le canapé d’angle aussi large que long, tissu un peu élimé sur l’arrondi des coussins et les accoudoirs où viennent souvent se croiser des pieds. Un plateau posé sur la petite table basse, des cercles sucrés de culs de bouteilles, un cendrier avec des mégots au filtre rouge baiser. Des miettes prises sous une assiette vide. Une débâcle.

 Je lève la tête vers les petites fenêtres sombres du 2ème étage en me disant que cela doit être là que la famille s’est offerte une nouvelle télé pour Noël. Même qu’ils ont dû garder le carton avec le polystyrène dans l’appartement au cas où il y aurait un dysfonctionnement et qu’il faudrait le rapporter au supermarché ces prochains jours…

 Aujourd’hui c’est le dernier jour, une année qui fout l’camp, tout fout l’camp d’ailleurs, et moi aussi. Ca me fait penser à une fuite, une brèche qui laisse tout filer sans retenue. Poussée et ballottée par le flux, sans rien pour s’accrocher, pas partir trop vite.

Des doigts au bout de quelques mains tendues, pas osé les saisir. Trop de remous. Pas envie d’entraîner les autres. Limiter le nombre de victimes.

 Plus que quelques heures et ce sera demain. Deux mains s’agitent au-dessus de l’écume. J’ai du mal à distinguer, comprends pas très bien le message. Un pas en arrière et je vois mon reflet dans une vitre, une main s’engouffre dans ma poche, l’autre continue à dire au revoir, incertaine…

 Dans la vitrine, les lumières clignotent, les paillettes scintillent, j’aimerais souffler très fort pour que ces faux-semblants disparaissent.

Ne resteraient que les petits dômes rouges au bord du canal qui charrie des eaux grises un peu salées comme les larmes.

 

 Valérie-Anne W.

 

 

Par Lelie des Sables - Publié dans : Fleur des Sables
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