Tu prendras de la confiture ou du miel sur tes tartines ?
20 ans que ça dure cette comédie du petit-déjeuner. Autour des bols de faïence décor campagne, bleu pour lui, rouge pour elle, cuillères assorties, ils n’échangent plus que ces propos banals à l’écœurant goût sucré.
Sa cuillère à lui tourne d’un même geste circulaire, en frottant les parois du bol bleu dehors et blanc dedans, vite, fort, dans un mouvement répétitif inutile mettant ses nerfs à vifs, à elle.
Deux morceaux de baguette sont libérés brutalement avec un bruit de ressort métallique, marqués de rayures brun foncé. Une odeur désagréable de brûlé se noie dans les effluves du café noir trop corsé.
Leurs regards plongent dans le café qu’un soupçon de lait a peine à éclaircir. Quelques miettes de pain grillé sur la toile cirée, un peu collante sous les avant-bras, râpent la peau encore ensommeillée.
Elle ne sait pas lequel, du café noir ou du pyjama rayé au col élimé, lui donne cette nausée.
Le café, elle va le vider dans l’évier ouvrant le robinet en jet puissant pour faire disparaître la moindre trace de liquide brun.
Mais que peut-elle contre le pyjama rayé ?
Valérie-Anne W.

La cabane de planches s’accrochait à la falaise, battue par les vents du Nord.
1. 1 h, c'était la durée impartie. Si la notion de temps était imposée, celle de l'espace demeurait libre. Dans cette liberté, déjà un maillon à faire sauter pour orienter mes premiers pas, prendre une décision, savoir où aller, quel chemin prendre... ne pas se perdre dans les réflexions mais agir. Les bruits de la route et ses dangers m'effrayaient. Mon regard se porta sur les coteaux à perte de vue, je tournais à droite sur le chemin vers les vignes. 1 h, c'était la durée impartie.